Pour ma seconde participation au rendez-vous de Martine :
J'ai choisi une nouvelle extraite du livre de Leonardo Sciascia :
Je ne résumerai pas le récit de ce long voyage, car ce serait tout en dévoiler, mais disons simplement qu'il s'agit de quelques personnages qui quittent l'Italie pour se rendre, chargés de leurs valises et de leurs espoirs, en Amérique.
Il s'agit de ma première rencontre avec Leonardo Sciascia et je suis sous le charme. Certaines plumes envoutent, d'autres interpellent, celle-ci charme de façon irrésistible. On suivrait cet auteur n'importe où... même sur un bateau en pleine mer pendant plus de 10 jours !
Le charme de Sciascia est dans la description de toutes les petites imperfections de ses personnages, toutes leurs petites manies, tous leurs tendres défauts.
Un peu à la manière dont les personnages de Michel Tremblay ne se rendent pas à Montréal, mais à Morial, ceux de Leonardo Sciascia rêvent du Nugiorsi (New Jersey), de Nuovaiorche (New York) et de retrouver leurs cousins à Brucchilin (Brooklyn).
Une bien bonne nouvelle donc... de savoir qu'il me reste encore après celui-ci plein de livres de Sciascia à découvrir ! 😊
Pendant les premières pages, je n'étais pas certaine d'aimer ce livre. Le timing n'était pas bon. Après André Brink et Dominique Fortier, le manque de travail d'édition autour du livre de Fatou Ndong était trop évident à mes yeux de lectrice devenue très, et sans doute trop, exigeante. Coquilles et paronymes étaient un peu trop nombreux pour moi.
Et pourtant... je ne suis pas prête d'oublier ce livre !
Je me suis permise de débuter ce billet par les très petits bémols que comporte cette publication pour renforcer encore plus ce que je souhaite en dire :
CE LIVRE DOIT ÊTRE LU PAR LE PLUS GRAND NOMBRE.
Les années 1962/1963 sont ici vues depuis Jackson au Mississippi à travers les yeux des jeunes de la ville.
Comme tous les jeunes, ils se retrouvent au café pour discuter, comme tous les jeunes, ils connaissent les premiers et si forts sentiments amoureux, comme tous les jeunes ils s'interrogent sur leur avenir, comme tous les jeunes, ils voient leurs parents évoluer dans la société et ne savent plus trop s'ils veulent leur ressembler ou pas. Comme tous les jeunes...
Mais bien sûr certains d'entre eux sont blancs et d'autres sont noirs. Cela change-t-il quelque chose ?
Pas vraiment certains jours où, par exemple, tous doivent se rendre au bal des finissants et tous ont mis pour ce grand événement leur plus beaux habits.
Totalement à de nombreux autres moments, où l'épée de Damoclès se fait terriblement plus menaçante au-dessus de leurs têtes.
Statue de Medgar Evers à Jackson
Medgar Evers, Emmet Till, Martin Luther King, tous sont évoqués ici par l'auteure de manière simple, documentée et percutante. J'ai parfois posé le livre le temps de reprendre mon souffle tant l'impact me renversait.
La fin du roman arrivant, on se dit qu'il restera gravé dans notre mémoire et qu'il est un document essentiel pour continuer de parler de cette période « de l'histoire » qui doit être évoquée, transmise, pour ne jamais être oubliée.
Et puis, il y a un dernier nom que Fatou Ndong mentionne à la toute fin, en épilogue... James Anderson Craig... c'était aussi à Jackson... en 2011.
Depuis quelques jours, la peinture s'est invitée dans mes pensées et mes journées.
Tout a commencé avec la lecture des premiers chapitres du livre de Nedim Gürsel, Les turbans de Venise que je lis dans le cadre du challenge Il Viaggio et qui me permet de (re)visiter Bellini, Veneziano ou encore Bernardino Di Betto.
Puis, de passage chez Une Comète pour jaser de T.C. Boyle, j'ai découvert une initiative qui me séduit énormément : répandre de la peinture partout sur la toile ! 😊
Le projet se déroulait initialement sur Facebook, mais nous étions un peu à l'étroit et nous voici donc sur toute la blogosphère. Le principe : une chaîne pour partager de la peinture partout sur internet !
Une Comète m'a confié, pour mon grand bonheur, Henri Matisse et, sans doute un peu influencée par le livre de Nedim Gürsel, je me suis arrêtée sur cette odalisque.
Tout me plaît dans cette oeuvre, ses couleurs, sa composition, l'atmosphère qui s'en dégage, et jusqu'aux finitions du pantalon !
Si vous souhaitez vous aussi nous aider à recouvrir la toile de peinture, laissez tout simplement un commentaire sous cet article et je vous confierai un peintre à mettre en vedette sur votre blogue.
De Marie Hélène Poitras, j'avais lu Griffintown dont la prose poétique m'avait touchée, dont la tendre intensité m'avait bouleversée.
Ici, bien qu'attirée, j'étais un peu dubitative, puisque la première parution de ce recueil de nouvelles remonte à presque 10 ans avant Griffintown. Mes appréhensions n'étaient pas fondées et j'ai (re)trouvé dans ces brefs récits les thèmes chers à Marie Hélène Poitras d'une part et cette plume pouvant se faire aussi caressante qu'assassine d'autre part.
La couverture du livre elle-même reprend à mes yeux cette dualité, ce tapis de cheveux qui semble si soyeux, mais qui ne manquera pas de nous faire trébucher si on l'emprunte et de blesser celle qui nous l'offre. Marie Hélène Poitras, c'est tout ceci à la fois, une alchimie d'où peuvent aussi bien naître des poisons que des filtres d'amour.
LA MORT DE MIGNONNE
LA BEAUTÉ DE GEMMA
C'ÉTAIT SALEMENT ROMANTIQUE
GRUNGE
FÉES ET PRINCESSES AU BOUT DE LEUR SANG
LETTRE AUX HABITANTS DE RIVIÈRE-BLEUE & LA MAISON
SUR LA TÊTE DE JOHNNY CASH
RUTH EN ROSE
PROTÉGER LOU
COMME LA RENARDE
NAN SAN RÉAL
Qui parle de Marie Hélène Poitras évoque instantanément les chevaux et les « hommes de chevaux ». On les retrouve bien sûr ici dans La mort de Mignonne, Protéger Lou et Nan sans Réal.Ce « retour à Griffintown » en quelques sortes (pour le lecteur seulement, puisque chronologiquement il s'agit plutôt de textes précurseurs) est un pur bonheur de lecture.
Je n'ai pas lu Soudain le Minotaure (de peur d'être trop secouée), mais son thème du sexe sale et de l'ambiguïté d'une jeunesse avide de découverte, aguicheuse, en même temps que pure et désarmée, revient à plusieurs reprises dans les textes du présent recueil.
L'auteure explore en effet ici largement le passage de l'enfance à l'âge adulte avec la grande soeur de Lili dans Fées et princesses au bout de leur sang, avec les jeunes de Grunge qui illustrent sans même s'en rendre compte les chansons de Nirvana qu'ils écoutent, ou encore avec Gemma l'apprentie-mannequin.
Le cachalot de Sur la tête de Johnny Cashet une renarde à trois pattes viennent compléter le bestiaire anthropomorphique qu'utilise habilement Marie Hélène Poitras pour dénoncer les multiples travers humains : cupidité et mensonge, pour ne nommer que ceux-ci.
Mais il est des situations où les analogies ne suffisent plus et où s'impose une lettre ouverte au sein de laquelle l'écrivaine revendique sa liberté, celle de mêler à sa guise fiction et réalité, car c'est là l'essence même de son art.
Cette mise au point elle aussi est à l'image de l'auteure qui entend cheminer sans entrave et qui, bien que tolérant le mors, ne consent à respecter le lecteur que s'il existe avec celui-ci une véritable complicité. De force et de violence, il n'est jamais question. Et si brutalité il y a, c'est en raison de blessures seulement.
Ce que l'on retient finalement de cette dizaine de textes est l'immense et parfois si douloureuse sensibilité de Marie Hélène Poitrasdont je lirai assurément chacun des prochains livres.
Cette lecture correspond à la colonne MORT de ma première ligne pour ma participation au :
Un article un peu fourre-tout pour faire le point, regarder ce qui s'en vient et jaser de tout et de rien ! 😊
Pour commencer, je lance un S.O.S technique : Overblog et Blogger ne font pas bon ménage. Il y a en effet trois blogues que j'apprécie beaucoup (Les lectures de Martine, le blog de Ritournelle et Lecturissime), mais que je ne peux pas avoir dans mon blogroll, car ce sont des blogues Overblog.
Voici ce qui se produit :
1 - J'ajoute le blogue = tout va bien.
2 - Le blogue reste là quelques jours et se met bien à jour (mon blogroll est configuré pour faire apparaître en premier les articles les plus récents).
3 - Puis, sans raison apparente, le blogue Overblog en question passe tout en-bas de la liste et affiche un article datant de n'importe quand (j'ai eu par exemple, un article de 2014 pour l'un d'entre eux!).
Du coup, ben, je les enlève et... je trouve ça vraiment dommage. Si vous avez une solution, n'hésitez pas ! Merci !
Du côté des challenges maintenant, qu'en est-il ? Je participe à Il Viaggio chez Martine et au Petit Bac chez Enna. Concernant l'Italie, j'ai lu « Sur cette terre comme au ciel » de Davide Enia (le billet est en cours d'écriture, mais sera peut-être publié un peu plus tard, car ce livre pourrait devenir une LC). Et je commence aujourd'hui « Les turbans de Venise » de Nedim Gürsel. Pour le petit bac, je termine tranquillement ma première ligne et je commence déjà à penser à la seconde qui aura une saveur italienne pour coller avec le challenge de Martine, mais aussi pour me rapprocher encore un peu plus de l'Italie puisque notre départ se précise. Ma deuxième ligne devrait donc ressembler à ça :
Loving c'est le titre d'un film inoubliable, rempli d'espoir et d'amour. Mais Loving, c'est avant tout le nom de famille de Richard et ensuite celui de celle qui est devenue sa femme, Mildred. L'histoire des Loving est époustouflante et méritait d'être racontée et mise à la portée de tous (personnellement, je n'en avais jamais entendu parler, shame on me) et le film de Jeff Nichols le fait avec justesse et pudeur.
Plutôt que de partager ici une bande-annonce qui, comme c'est souvent le cas, en dira trop, je préfère publier cette photographie prise par un journaliste du Time à l'époque et que l'on retrouve dans le film.
Sapristi, juste d'écrire ce billet, j'ai des frissons. C'est un film à voir. Vraiment.
Cet article avait été initialement publié (dans une version un peu différente) sur mon précédent blogue.
A travers la vie de Sonia et de ses filles, Brigitte Pilote nous invite à considérer ce qu'il se passe après une période de troubles et pose ainsi subtilement une question essentielle : que devient le monde après les grands événements/discours ?
En effet, tout le monde connait Martin Luther King, répète « I have a dream » dès que le pasteur est évoqué et sait qu'il fut assassiné à Memphis au Motel Lorraine. Ceci est ce que l'on se transmet de génération en génération pour ne pas oublier celui qui est désormais devenu une icône. Mais, l'auteure va ici plus loin et, mêlant habilement réalité et fiction, pose son regard sur ce/ceux qui restent.
Il reste le Motel Lorraine dont plus personne ne veut occuper la funeste chambre 306 jusqu'à ce que Sonia et ses deux filles y logent, n'ayant temporairement pas d'autre alternative.
Dans ce même Motel Lorraine demeure Jacqueline Smith, une femme de chambre qui s'opposera ultérieurement à la fondation d'un musée sur l'emplacement du Motel, arguant que le pasteur King aurait plutôt souhaité y voir un dispensaire.
Il reste aussi une ville meurtrie qui aura besoin de plusieurs décennies pour ne plus être la cité de l'assassinat de Martin Luther King, mais bel et bien la ville que l'on connait de nos jours comme étant le berceau du blues.
En parlant de sa mort, l'auteure parvient ici paradoxalement à redonner vie au pasteur King et à son combat, à « dépoussiérer » celui que l'on a peut-être un peu trop vite rangé dans les livres d'Histoire...