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samedi 25 février 2017

Moonlight, a film by Barry Jenkins


I was a wild little shortie, man. Just like you.

Running around with no shoes on, the moon was out.

This one time, I run by this old... this old lady.

I was running, howling. Kinda of a fool, boy. 

This old lady, she stopped me. She said...

"Running around, catching a lot of light".

"In moonlight, black boys look blue". 

"You're blue". 

"That's what I'm gonna call you: 'Blue'."


mardi 21 février 2017

Hidden figures, a film by Theodore Melfi

Yes, yes, yes ! Trois fois YES ! Comme ces trois femmes extraordinaires ! Ce film est excellent. On passe par toutes les émotions et surtout, surtout, surtout, il redonne la place qu'elles méritent à Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson. Sans elle, la capsule de John Glenn n'aurait jamais décollé le 20 février 1962... ou ne serait jamais revenue sur terre ! 


"It's not because we wear skirts, 
it's because we wear glasses."

jeudi 16 février 2017

Damoclès de Fatou Ndong

Pendant les premières pages, je n'étais pas certaine d'aimer ce livre. Le timing n'était pas bon. Après André Brink et Dominique Fortier, le manque de travail d'édition autour du livre de Fatou Ndong était trop évident à mes yeux de lectrice devenue très, et sans doute trop, exigeante. Coquilles et paronymes étaient un peu trop nombreux pour moi. 

Et pourtant... je ne suis pas prête d'oublier ce livre ! 


Je me suis permise de débuter ce billet par les très petits bémols que comporte cette publication pour renforcer encore plus ce que je souhaite en dire : 


CE LIVRE DOIT ÊTRE LU PAR LE PLUS GRAND NOMBRE. 


Les années 1962/1963 sont ici vues depuis Jackson au Mississippi à travers les yeux des jeunes de la ville. 

Comme tous les jeunes, ils se retrouvent au café pour discuter, comme tous les jeunes, ils connaissent les premiers et si forts sentiments amoureux, comme tous les jeunes ils s'interrogent sur leur avenir, comme tous les jeunes, ils voient leurs parents évoluer dans la société et ne savent plus trop s'ils veulent leur ressembler ou pas. Comme tous les jeunes...

Mais bien sûr certains d'entre eux sont blancs et d'autres sont noirs. Cela change-t-il quelque chose ? 

Pas vraiment certains jours où, par exemple, tous doivent se rendre au bal des finissants et tous ont mis pour ce grand événement leur plus beaux habits.

Totalement à de nombreux autres moments, où l'épée de Damoclès se fait terriblement plus menaçante au-dessus de leurs têtes.

Statue de Medgar Evers à Jackson

Medgar Evers, Emmet Till, Martin Luther King, tous sont évoqués ici par l'auteure de manière simple, documentée et percutante. J'ai parfois posé le livre le temps de reprendre mon souffle tant l'impact me renversait.

La fin du roman arrivant, on se dit qu'il restera gravé dans notre mémoire et qu'il est un document essentiel pour continuer de parler de cette période « de l'histoire » qui doit être évoquée, transmise, pour ne jamais être oubliée.

Et puis, il y a un dernier nom que Fatou Ndong mentionne à la toute fin, en épilogue... James Anderson Craig... c'était aussi à Jackson... en 2011.


Les détails de l'affaire se trouvent ici.

... a crime they thought was in Mississippi's past: the murder of a man just because he was black.

Merci Fatou Ndong du fond du coeur pour ce livre qui, je le redis ici,
doit être lu par le plus grand nombre. Nous sommes l'histoire.

Cette lecture correspond à la colonne PERSONNE CONNUE de ma première ligne pour ma participation au :


jeudi 9 février 2017

Loving


Loving c'est le titre d'un film inoubliable, rempli d'espoir et d'amour.

Mais Loving, c'est avant tout le nom de famille de Richard et ensuite celui de celle qui est devenue sa femme, Mildred.

L'histoire des Loving est époustouflante et méritait d'être racontée et mise à la portée de tous (personnellement, je n'en avais jamais entendu parler, shame on me) et le film de Jeff Nichols le fait avec justesse et pudeur. 


Plutôt que de partager ici une bande-annonce qui, comme c'est souvent le cas, en dira trop, je préfère publier cette photographie prise par un journaliste du Time à l'époque et que l'on retrouve dans le film.


Sapristi, juste d'écrire ce billet, j'ai des frissons. C'est un film à voir. Vraiment.


mercredi 8 février 2017

Motel Lorraine de Brigitte Pilote

Cet article avait été initialement publié (dans une version un peu différente) sur mon précédent blogue.

A travers la vie de Sonia et de ses filles, Brigitte Pilote nous invite à considérer ce qu'il se passe après une période de troubles et pose ainsi subtilement une question essentielle : que devient le monde après les grands événements/discours ?

En effet, tout le monde connait Martin Luther King, répète « I have a dream » dès que le pasteur est évoqué et sait qu'il fut assassiné à Memphis au Motel Lorraine. Ceci est ce que l'on se transmet de génération en génération pour ne pas oublier celui qui est désormais devenu une icône. Mais, l'auteure va ici plus loin et, mêlant habilement réalité et fiction, pose son regard sur ce/ceux qui restent.


Il reste le Motel Lorraine dont plus personne ne veut occuper la funeste chambre 306 jusqu'à ce que Sonia et ses deux filles y logent, n'ayant temporairement pas d'autre alternative.

Dans ce même Motel Lorraine demeure Jacqueline Smith, une femme de chambre qui s'opposera ultérieurement à la fondation d'un musée sur l'emplacement du Motel, arguant que le pasteur King aurait plutôt souhaité y voir un dispensaire. 

Il reste aussi une ville meurtrie qui aura besoin de plusieurs décennies pour ne plus être la cité de l'assassinat de Martin Luther King, mais bel et bien la ville que l'on connait de nos jours comme étant le berceau du blues.

En parlant de sa mort, l'auteure parvient ici paradoxalement à redonner vie au pasteur King et à son combat, à « dépoussiérer » celui que l'on a peut-être un peu trop vite rangé dans les livres d'Histoire...


lundi 6 février 2017

La porte du ciel de Dominique Fortier


La trame principale du livre de Dominique Fortier se déroule pendant la guerre de Sécession, mais pas seulement, car... 

« Puisque nul traité de paix n'est venu marquer la fin de cette étrange guerre fratricide, comment prétendez-vous savoir qu'elle est bien finie ? » 



C'est autour de cette interrogation que s'articule tout le roman (basé sur de multiples faits historiques) qui passe d'un siècle à l'autre afin d'interpeler le lecteur sur la permanence de ce sentiment d'illégitimité qui continue trop souvent de hanter les Noirs. 

« Est-ce l'an de grâce 1864 ou l'année 2011 de notre ère ? Qui saurait le dire ? » 

« Il me semble que je suis ici en visite, comme si on me tolérait mais que je n'étais pas chez moi » dit Eleanor, jeune femme blanche qui vient d'emménager chez sa belle-mère. « Eve ne répondit pas. Elle n'avait jamais eu d'autre impression que celle-là. » (Eve, on l'aura compris, est noire)

L'avantage des lectures thématiques est de pouvoir poser différents regards sur un même événement. Ainsi, l'abolition de l'esclavage dont il est question dans le superbe film de Steven Spielberg :



est ici vue d'une toute autre manière : 

« Des hommes à Philadelphie s'étaient rassemblés pour déclarer leur indépendance, ils avaient couché sur le papier ces mots disant que les hommes avaient été créés égaux et que chacun avait le droit de chercher le bonheur, et puis ils étaient rentrés chez eux, où il faisait bon auprès de leurs femmes et de leurs enfants. Les mots étaient restés là. » 


Passerelle également entre cette lecture et celle de Philida d'André Brink où celle-ci concluait :


« Si tu veux mon opinion, ce sera plus dur pour les Blancs que pour nous. Nous, on se débrouille toujours, d'une manière ou d'une autre. Mais qu'est-ce qu'ils vont devenir, eux ? On est tous comme les fondations de leurs  maisons, pour ainsi dire. Ils ont construit leurs vies, absolument tout, sur notre dos. Tout le pays s'est construit avec notre sueur et notre sang. »

Alors que June ici dit à son fils épris de liberté et qui souhaite rejoindre les combats :

« La liberté, mon fils, ce n'est peut-être pas aussi important qu'on le dit. Regarde ce que les Blancs, qui l'ont depuis toujours, ont trouvé à en faire. » 

Mais, il y a encore plus que tout cela dans le livre de Dominique Fortier, il y a cette manière dont elle parvient à parler de la guerre avec justesse et poésie. Oui, poésie. Ces deux termes ne semblent pourtant pas être faits pour s'entendre, mais l'auteure parvient pourtant à mettre l'une au service de l'autre pour livrer son message.


Cette poésie transparaît, entre autre mais pas uniquement, dans les références aux courtepointes de Gee's Bend qui ont, en partie, inspiré Dominique Fortier durant son travail d'écriture.

Et c'est ainsi que la guerre de Sécession sous la plume de cette auteure de talent prend un tout autre visage :

« Ce n'était pas un pays en guerre, ni même deux pays dont l'un cherchait à se détacher de l'autre : c'étaient trente pays tenant ensemble par des liens plus ou moins lâches, qui tantôt se défaisaient et tantôt se renouaient, comme si les pièces d'une courtepointe tout à coup prenaient vie et s'avisaient de changer de place et de couleur, arrachant les coutures au passage, traînant derrière elles des bouts de fils inutiles. » 

Mais, au milieu de toutes ces guerres, de tous ces combats, il est une chose qui perdure et ne disparaîtra jamais...

« Tu as vu ? demanda le plus grand. Il est arrivé aujourd'hui.

Le plus petit avait vu, mais semblait trop saisi pour répondre. Visage levé vers l'ange, il semblait attendre quelque prodige. Il porta machinalement la main à sa poitrine. 

Ils vont le fixer demain, poursuivit l'autre d'un ton important. C'est pour ça qu'ils ont mis les cordes, en attendant, pour ne pas qu'il tombe pendant la nuit.

Le petit se retourna vers lui avec un air qui ressemblait à de la pitié, et souffla comme pour lui-même : Mais non, s'ils ont mis les cordes, c'est pour ne pas qu'il s'envole. »



Cette lecture correspond à la colonne OBJET de ma première ligne pour ma participation au :
 



vendredi 3 février 2017

Philida d'André Brink



J'ai choisi de conserver ici les 4 différentes couvertures du livre d'André Brink, car c'est une manière pour moi d'illustrer les multiples facettes que comporte ce livre dont l'histoire se déroule en Afrique du Sud en 1834. Je crois en effet que ce livre est inclassable. Il aborde tant de sujets de tant de manières qu'il en devient unique

La première couverture présente Philida dans tout ce qu'elle est avant d'être une esclave : une mère, la propriétaire d'une petite chatte appelée Kleinkat, une femme qui mérite de s'asseoir et de se reposer.

La seconde couverture évoque, à mes yeux, le chemin que Philida parcourt, au sens propre comme au sens figuré, pour découvrir qui elle est véritablement : trouver sa foi d'une part et se rendre au fameux Gariep, cet endroit « où on découvre ce qu'on ne savait pas avant » d'autre part.

La troisième couverture est pour moi la plus belle, la plus touchante, car c'est vraiment ainsi que je me suis imaginée Philida avec son franc-parler, sa beauté, sa dignité face à tout ce qu'elle vit.  

La quatrième couverture avec ses teintes sépia est, toujours selon moi, une référence à l'aspect historique qu'André Brink relate au fil des chapitres de son livre qui se déroule durant les quelques mois qui ont précédé l'abolition de l'esclavage en Afrique du Sud.


Au fil de ces multiples thèmes abordés, l'écriture d'André Brink entraîne le lecteur dans toutes sortes d'émotions : 
on sourit devant les remarques parfois naïves mais si lucides de Philida; 
on frissonne devant la cruauté de certains traitements infligés aux esclaves; on s'interroge et on réfléchit sur les questions philosophiques soulevées par l'auteur quant à l'ambivalence des êtres humains que, finalement, seul le destin a fait maîtres ou esclaves; 
on sent sa gorge se nouer face à des déclarations justes et universelles qui demeurent longtemps dans nos pensées. 

« Chaque individu, dans sa solitude, 
est en réalité tous les habitants de la terre... 
Quiconque tue un être humain 
tue l'humanité entière... 
quiconque sauve une vie humaine 
sauve l'humanité entière. »


Cette lecture correspond à la colonne PRÉNOM de ma première ligne pour ma participation au :







mercredi 1 février 2017

Le temps où nous chantions de Richard Powers

Impossible pour moi de débuter ce mois de l'histoire des Noirs par un autre titre que celui-ci. A ce jour, il demeure l'un des rares à côté duquel je me permets d'apposer le terme de chef-d'oeuvre

Cette lecture remonte à 2014 et le présent billet est une refonte de celui que j'avais écrit à l'époque sur un autre blogue. Replonger dans cette oeuvre aujourd'hui me permet de constater que rien n'a changé de l'intense émotion qui m'avait étreinte à l'époque. Je prédis que ce livre deviendra, avec le temps, un classique incontournable.



 

Les 700 pages de cet ouvrage magistral s'articulent autour du thème du tempo, du temps.

Le père, Da, est un scientifique cherchant à percer la fameuse question du temps, des instants, du futur, du passé, des boucles temporelles, du maintenant, du toujours.

La mère, Delia, est une femme noire qui défie le temps dans lequel elle vit, celui du mouvement des droits civiques aux États-unis. En avance sur son temps, elle unit sa vie à un homme blanc et propose au monde ses enfants métisses. Consciente cependant des enjeux en question, elle leur offre la musique et le chant comme protection.

« Nous avions trouvé refuge dans les salles de concert, en un sanctuaire qui nous protégeait du bruit véritable du monde. »

Les fils, Jonah et Joey, se consacrent pleinement à la musique et à son tempo qu'ils 
décortiquent jusqu'au moindre souffle.

La fille, Ruth (dont le nom prononcé Root signifie racines) permet à tous ces personnages de parvenir parfois à se retrouver, à s'accorder, le temps de donner quelques réponses... qui appellent inévitablement de nouvelles questions.
La musique occupe une grande place dans ce livre. A un tel point que je crois que ce livre est en fait lui-même une partition musicale.

Ce sentiment m'est venu dès les premiers chapitres, car ils avaient un rythme bien particulier. Ils commençaient tous de façon un peu floue donnant l'impression de ne pas savoir où ils allaient pour terminer de manière grandiose en des moments où ma gorge se nouait. Puis, cela recommençait tout doucement avec le chapitre suivant pour suivre la même construction.

Et ainsi, tout le livre s'est déroulé selon un schéma qui, j'en suis presque persuadée, était établi à la manière d'un morceau de musique pour finalement me laisser, après avoir tourné la dernière page, dans ce silence rempli des dernières ondes...

... où l'on ne sait pas si c'est vraiment terminé,
... où tout pourrait aussi bien recommencer,
... où l'on hésite à applaudir de peur de briser la magie,
... où l'on se rend compte que l'on vient de vivre quelque chose d'immense.