dimanche 12 février 2017

La mort de Mignonne et autres histoires de Marie Hélène Poitras

De Marie Hélène Poitras, j'avais lu Griffintown dont la prose poétique m'avait touchée, dont la tendre intensité m'avait bouleversée.

Ici, bien qu'attirée, j'étais un peu dubitative, puisque la première parution de ce recueil de nouvelles remonte à presque 10 ans avant Griffintown. Mes appréhensions n'étaient pas fondées et j'ai (re)trouvé dans ces brefs récits les thèmes chers à Marie Hélène Poitras d'une part et cette plume pouvant se faire aussi caressante qu'assassine d'autre part.

La couverture du livre elle-même reprend à mes yeux cette dualité, ce tapis de cheveux qui semble si soyeux, mais qui ne manquera pas de nous faire trébucher si on l'emprunte et de blesser celle qui nous l'offre. Marie Hélène Poitras, c'est tout ceci à la fois, une alchimie d'où peuvent aussi bien naître des poisons que des filtres d'amour. 


LA MORT DE MIGNONNE

LA BEAUTÉ DE GEMMA

C'ÉTAIT SALEMENT ROMANTIQUE

GRUNGE

FÉES ET PRINCESSES AU BOUT DE LEUR SANG

LETTRE AUX HABITANTS DE RIVIÈRE-BLEUE & LA MAISON

SUR LA TÊTE DE JOHNNY CASH

RUTH EN ROSE

PROTÉGER LOU

COMME LA RENARDE

NAN SAN RÉAL


Qui parle de Marie Hélène Poitras évoque instantanément les chevaux et les « hommes de chevaux ». On les retrouve bien sûr ici dans La mort de Mignonne, Protéger Lou et Nan sans Réal. Ce « retour à Griffintown » en quelques sortes (pour le lecteur seulement, puisque chronologiquement il s'agit plutôt de textes précurseurs) est un pur bonheur de lecture. 

Je n'ai pas lu Soudain le Minotaure (de peur d'être trop secouée), mais son thème du sexe sale et de l'ambiguïté d'une jeunesse avide de découverte, aguicheuse, en même temps que pure et désarmée, revient à plusieurs reprises dans les textes du présent recueil.


L'auteure explore en effet ici largement le passage de l'enfance à l'âge adulte avec la grande soeur de Lili dans Fées et princesses au bout de leur sang, avec les jeunes de Grunge qui illustrent sans même s'en rendre compte les chansons de Nirvana qu'ils écoutent, ou encore avec Gemma l'apprentie-mannequin. 

Le cachalot de Sur la tête de Johnny Cash et une renarde à trois pattes viennent compléter le bestiaire anthropomorphique qu'utilise habilement Marie Hélène Poitras pour dénoncer les multiples travers humains : cupidité et mensonge, pour ne nommer que ceux-ci.



Mais il est des situations où les analogies ne suffisent plus et où s'impose une lettre ouverte au sein de laquelle l'écrivaine revendique sa liberté, celle de mêler à sa guise fiction et réalité, car c'est là l'essence même de son art.

Cette mise au point elle aussi est à l'image de l'auteure qui entend cheminer sans entrave et qui, bien que tolérant le mors, ne consent à respecter le lecteur que s'il existe avec celui-ci une véritable complicité. De force et de violence, il n'est jamais question. Et si brutalité il y a, c'est en raison de blessures seulement. 

Ce que l'on retient finalement de cette dizaine de textes est l'immense et parfois si douloureuse sensibilité de Marie Hélène Poitras dont je lirai assurément chacun des prochains livres.

  
Cette lecture correspond à la colonne MORT de ma première ligne pour ma participation au :

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