dimanche 11 décembre 2016

New York Stories (3) & Martin Scorsese

Le texte suivant du recueil « New York Stories » est intitulé « The Other Two » by Edith Wharton.


La trame narrative est la suivante : un homme rentre de lune de miel avec sa femme. Celle-ci a eu deux autres maris avant lui. Les circonstances (une enfant malade et des intérêts d'affaires communs) vont faire en sorte que les trois hommes vont être amenés à se rencontrer, tout d'abord « deux par deux », puis les trois ensemble et finalement avec « leur » femme. 


J'ai beaucoup aimé ce texte derrière lequel on sent la femme engagée, proche du féminisme, qui distille son message avec une remarquable subtilité. Grattant délicatement le vernis des conventions, Edith Wharton dresse un bilan de ce qui est gagné, ce qui est perdu et ce qui se transforme au fil des relations de couple. 

Sous le charme de ce court récit, j'ai eu envie de lire d'autres oeuvres de l'auteure et le premier titre qui est apparu a été « Le temps de l'innocence ». Sans vraiment savoir pourquoi, ce titre ne m'était pas inconnu... et pour cause, c'est celui d'un film de Martin Scorsese que je me suis empressée de regarder. 


Grandiose ! 

On y retrouve les thèmes mentionnés ci-dessus ainsi que le personnage d'une « femme libérée » incarnée par Michelle Pfeiffer et surtout, surtout, surtout, l'évocation de la puissance de l'amour, objet de tant de livres et de films, car toujours au coeur de nos vies, que l'on en soit pleinement conscients ou pas. 

Oui, l'amour ! Celui qui change la couleur des choses, celui qu'on ne peut pas cacher, celui qui nous fait respirer et peut aussi parfois nous couper le souffle. Le vrai, quoi !

JE SUIS UNE ROMANTIQUE ! :)

    

jeudi 8 décembre 2016

New York Stories (2)

Le second texte de ce recueil est très court; il s'agit de « Adventures of a novelist » de Stephen Crane. 


De manière claire et concise, l'auteur illustre à merveille le fait qu'il ne devrait pas y avoir en termes de justice « deux poids et deux mesures ». 

Écrit en 1896, ce texte est (malheureusement) encore totalement d'actualité. 

Citation

Apparently the united wisdom of the world declared that no man should do anything but throw his sense of justice to the winds in an affair of this description. « Let a man have a conscience for the daytime, » said the wisdom. « Let him have a conscience for the daytime, but it is idiocy for a man to have a conscience at 2:30 in the morning, in the case of an arrested prostitute. »


mardi 6 décembre 2016

New York Stories (1)

Ce livre (reçu de la part de NetGalley) est un recueil de textes ayant pour point commun la ville de New York. Un petit (1) est apparu près du titre de l'article, car je viens de terminer le premier texte : « Bartleby » de Hermann Melville. D'autres numéros suivront au fur et à mesure de ma lecture.



J'ai été ravie de retrouver l'écriture de Melville que j'avais découverte avec Moby Dick. La précision de chaque sentiment, la description de chaque détail, la construction minutieuse d'un univers, tout était là. 

J'ai toutefois trouvé cette lecture un peu ardue et... pesante. Non en raison de l'écriture, mais bien à cause de Bartleby lui-même. Quel étrange personnage ! Qui dans le même temps exaspère et charme tout à la fois. En refermant le livre, je ne savais plus quoi penser de cet homme marginal, entêté et seul. Le sentiment de malaise m'a poursuivie quelques jours et j'ai pensé que Melville avait voulu (ce qui était vraiment courageux pour l'époque) parler de maladie mentale. Pour moi, Bartleby était finalement une sorte de schizophrène. 

Cependant, la référence à la toute fin du récit au Dead Letter Office m'a mis la puce à l'oreille. Ne s'agissait-il pas plutôt de dénoncer un système sociétal ? De pointer du doigt les dommages causés par certains emplois sur l'être humain ?



J'ai alors effectué quelques recherches et voici ce que j'ai découvert.    

Bartleby serait en effet une illustration de la théorie de « l'antipouvoir » qui s'articule autour de la stratégie de la fuite selon laquelle il faut combattre l'État indirectement plutôt que de manière frontal. 



Par ailleurs, Bartleby aurait grandement inspiré le mouvement littéraire de l'absurde (qui a vu le jour au cours de la seconde guerre mondiale) dont fait partie l'inoubliable livre de Camus : « L'étranger ». Et oui, en effet, le silence dans lequel se mure Bartleby a de nombreux points communs avec celui qui enveloppe Meursault dans le livre de Camus. 

Au moment de la rédaction de sa nouvelle en 1853, Melville était donc vraiment en avance sur son temps !  

vendredi 2 décembre 2016

Le petit bac chez Enna

Je ne sais pas si vous avez déjà joué au Petit Bac lorsque vous étiez enfant ou avec vos enfants ou les deux... moi, oui ! Et j'adore ça. 

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, voici le principe :


  1.  Sur des feuilles de papiers, tracer des colonnes en indiquant des catégories (les plus fréquentes sont : Prénom, Animal, Pays, Couleur, Fruit... mais on peut en inventer à l'infini.)
  2. Déterminer une lettre (soit en ouvrant une page du dictionnaire au hasard ou en faisant réciter l'alphabet à quelqu'un dans sa tête et en l'arrêtant à un moment donné, ...).
  3. Chacun a alors une minute (ou plus selon l'âge des participants) pour trouver un mot commençant par la lettre retenue dans chacune des catégories. 
  4. Compter les points (là, c'est une autre histoire et les « règles » varient souvent... ) 
C'est tout ! Et ça peut durer des heures ! :) C'est un passe-temps vraiment amusant... et qui permet souvent d'apprendre des choses !  

Chaque année, Enna organise un Challenge Petit Bac sur son blogue. 

Selon le principe du jeu ci-dessus, nous lisons donc des livres qui correspondent à des catégories. Tiguidou !

J'ai décidé de participer. 

Voici les titres que je lirai pour remplir ma première ligne : 

Prénom

Lieu
Mexico by Josh Barkan (déniché sur NetGalley)

Couleur
La boutique jaune de Jeanne Benameur (car je voulais relire cette auteure dont j'ai beaucoup aimé Profanes - mais je ne bloguais plus à ce moment-là, donc je crois qu'il n'y a aucune trace nulle part de ma lecture)

Animal
33 chemin de la baleine de Myriam Beaudoin (c'est un coup de coeur de Suzanne, alors...)

Objet

Sport/Loisir

Personne connue

Aliment/Boisson

Famille

Mort

J'aime beaucoup ce challenge et la préparation de la liste; cela m'oblige à me demander quels sont les livres que j'ai VRAIMENT envie de lire. Je me suis aperçue que j'avais souvent des envies qui disparaissaient ensuite dans le flot du quotidien et des sollicitations de lecture. Voici une belle occasion d'y revenir et, par ailleurs, de faire de nouvelles découvertes puisque certains titres ne sont choisis que parce qu'il comporte un mot précis dans leur titre !

lundi 28 novembre 2016

Terry Waite

Peut-être avez-vous remarqué l'apparition, il y a quelques jours, d'un badge sur le côté de mon blogue :


Professional Reader

Il s'agit d'une communauté de lecteurs (anglophones) que j'ai choisi de rejoindre afin de découvrir de nouveaux auteurs (anglophones).

Le premier livre qui a attiré mon attention l'a fait simplement parce que sa couverture me plaisait. Rien de plus... au départ. 



Il s'est avéré que ce paysage se trouve en Nouvelle Zélande où l'auteur s'est retiré quelques temps afin de colliger mémoires, poèmes et réflexions. 


En découvrant la vie de cet homme, j'ai eu honte d'avoir vécue la mienne sans jamais avoir eu l'occasion de le connaître jusqu'à ce jour et la lecture de son livre. J'ai été soulagée de lire que lui, pour sa part, n'avait pas su pendant longtemps qui était l'Abbé Pierre. Nous étions quittes ! :) 


De retour au texte, j'invite toute personne se sentant pleinement appartenir au monde actuel, à prendre connaissances des réflexions de Terry Waite. Sur un mode empreint d'une grande simplicité, l'auteur abord des thèmes fondamentaux : 
> les croyances; 
>la colère;
>l'empathie; 
>la mort; 
>les relations; 
>la passion. 

Je crois que l'auteur a lui-même eu un grand besoin de prendre le temps de ce bilan et le contenu de ce petit livre aurait donc pu être très personnel, trop intime. Il n'en est rien, car, Terry Waite a ce talent de savoir se placer juste au bon endroit pour que sa présence embellisse notre paysage sans rien en cacher. Son écriture est toute en discrétion et partant de lui au début, il parvient à nous questionner subtilement sans rien brusquer.

Chacun de ses poèmes bénéficie d'un chapitre entier qui tout doucement nous y amène. Rarement la poésie n'aura su ainsi me parler.

Au fil de ma lecture, j'ai remarqué un détail : les corridors. Ils reviennent souvent dans les images partagées par l'auteur : corridor d'une maison de retraite, corridors dans lesquels on s'égare. J'ignore à quoi ressemblait le lieu de sa détention, mais de longs corridors devaient y figurer.

Pour rassembler mes impressions à la lecture de ce livre, un mot me vient à l'esprit : sagesse.

C'est un privilège de pouvoir bénéficier des propos de Terry Waite tranquillement chez nous, de pouvoir les absorber un à un en prenant le temps d'en saisir tout le sens. N'hésitez pas.

D'ici là, je vous en livre un fragment qui m'a particulièrement touchée :



ANGER

Anger rages
Like a consuming fire,
Destroying all
That would impede
Its relentless pathway.

Do not extinguish
The flames totally.
Calm them.
And warm yourself
By the gentle glow
Of the embers.    

vendredi 25 novembre 2016

Peinture, littérature & LUI !

Je viens de refermer « L'ombre de nos nuits » de Gaëlle Josse,


un titre repéré il y a quelques temps chez Ritournelle. 

C'est beau ! Mais, je sais déjà que c'est sans doute beaucoup plus beau encore que ça. Pour l'instant, je trouve ce livre beau comme on trouve belle une peinture dans la salle d'un musée en passant devant. On s'arrête quelques instants : « oui, vraiment, c'est beau » et l'on passe au tableau suivant. Si vous êtes comme moi, vous enfilez ainsi les salles et, à la fin seulement, vous revenez vers une oeuvre, l'oeuvre qui vous a le plus saisie pour lui offrir un peu plus de votre temps. 

C'est ce que je m'apprête à faire avec le livre de Gaëlle Josse au moment d'en débuter une seconde lecture. Celle-ci sera plus précise que la première au cours de laquelle j'étais pressée de tourner les pages, curieuse de connaître l'issue de l'histoire du tableau de George de la Tour, 



curieuse de savoir comment se terminait l'histoire d'amour de celle qui écoute en boucle Léonard Cohen.

mardi 22 novembre 2016

Salut mon roi mongol !

Dans quelques jours, Théo sera sur le plateau du tournage du nouveau film de Luc Picard : Les rois mongols. Afin de préparer avec lui la scène à laquelle il participe, j'ai décidé de lire le livre de Nicole Bélanger dont est tiré le scénario.


J'avais déjà une grande admiration pour Luc Picard, mais je lui suis de plus désormais redevable de m'avoir fait découvrir ce petit bijou de la littérature québécoise. 

En résumé, quatre enfants d'Hochelaga vivent leur propre « Crise d'Octobre » en kidnappant une grand-mère alors que se déroule parallèlement les événements que l'on sait. Quoique ! Sait-on vraiment ? Tout le monde ? Un bref rappel historique ne peut pas faire de mal.  



Lundi 5 octobre


James Richard Cross, attaché commercial de la Grande-Bretagne à Montréal, est enlevé à son domicile de Montréal par quatre membres de la cellule Libération.

Le FLQ laisse 48 heures au gouvernement pour qu’il se conforme à ses exigences.

Mercredi 7 octobre

L’ultimatum de 48 heures laissé par le FLQ arrive à échéance. Le FLQ laisse un autre 24 heures aux autorités. 

Jeudi 8 octobre

Le deuxième délai accordé par le FLQ expire. Une autre échéance est donnée : minuit le jour même. 

Samedi 10 octobre

En direct à la télévision, Jérôme Choquette, ministre québécois de la Justice, annonce que le gouvernement n’acquiescera pas aux demandes du FLQ.

Plus tard dans la soirée, le ministre québécois du Travail et de l’Immigration Pierre Laporte est enlevé chez lui par un autre sous-groupe du FLQ, la cellule Chénier. 

Dimanche 11 octobre

Le FLQ laisse au gouvernement jusqu’à 22h pour qu’il se soumette à ses demandes.

Cinq minutes avant la fin de l’ultimatum, Robert Bourassa annonce son intention de négocier avec le FLQ.

Mardi 13 octobre

À la demande des ministres fédéraux, l’armée s’installe sur la colline Parlementaire à Ottawa.

Jeudi 15 octobre

Le gouvernement du Québec demande l’aide de l’armée canadienne. Plus de 8 000 soldats s’installent autour des édifices importants de la province.

Vendredi 16 octobre

À la demande du gouvernement du Québec et de la Ville de Montréal, la Loi sur les mesures de guerre est proclamée par le gouvernement fédéral.

Samedi 17 octobre

On trouve le corps de Pierre Laporte dans le coffre d'une voiture.

Selon le rapport du médecin légiste, l’homme est mort asphyxié, peut-être étranglé avec la petite chaîne qu’il portait alors autour du cou.

Mercredi 25 novembre

Après près d’un mois de filatures, la police découvre le lieu de séquestration de James Cross.

Mercredi 3 décembre

La police s’entend avec les ravisseurs après de longues négociations. 

James Cross est finalement libéré, après 60 jours de détention.


Équilibrant parfaitement les clins d'oeil à l'Histoire, la description de familles défavorisés dans le Québec des années 70 et une histoire d'amour, d'amitié et d'émancipation entre des enfants aussi tendres que farouches, Nicole Bélanger nous fait rire, pleurer et aimer le Québec. Faisant parler Manon, la « boss de la gang » du haut de ses 13 ans, ce roman touche, bouleverse, instruit, explique, questionne, dénonce. Dans un pays trop souvent dissimulé derrière le « politiquement correct », l'authenticité du discours que Nicole Bélanger place dans la bouche de Manon fait plaisir à entendre, rassure, encourage.

Ce n'est assurément pas un hasard si Luc Picard choisit de porter à l'écran ce livre-là. Vous le lirez peut-être, vous verrez aussi sans doute le film, mais, au cas où, en voici tout de suite quelques extraits : 

« ... je me suis avancée dans l'allée centrale, jusqu'au tabernacle, où apparemment Dieu se trouve. Arrivée devant l'autel, je lui ai dit : « Salut ! », mais je n'ai pas fait de génuflexion. Ce n'est pas que je répugnais à m'abaisser devant lui, mais c'est le genre de chose, les génuflexions et autres simagrées, qu'on fait uniquement, et je le pense encore, pour prouver aux autres chrétiens qu'on est bon chrétien. On peut trouver que Dieu manque parfois de discernement, mais je reste convaincue qu'il ne juge pas notre foi sur la souplesse de nos articulations. En tout cas... »

« ...

- T'es pas tanné, toi, d'être petit... de jamais avoir le droit de rien dire pis de rien faire ?... T'es pas tanné d'être pauvre pis de jamais rien avoir... Moi chu ben écoeurée ! C'est tellement pas juste ! Tellement pas juste !

Mon cousin s'est approché, timidement, et s'est assis à mes côtés, sans me toucher ni me regarder. D'une main il se gratouillait la tête, tandis que de l'autre, il repoussait des maringouins imaginaires.

- Pleure pas, Manon, pleure pu !

Hésitante et maladroite, sa main s'est finalement avancée près de mon visage pour écraser des larmes qui perlaient sur le bord de mes cils. J'aurais voulu, même si ce n'était que lui, qu'il me serre dans ses bras. Doucement. Qu'il me berce, et que je m'endorme pour l'éternité. Je me sentais fatiguée.

- Pleure pu Manon. T'es pas belle quand tu pleures !

-J'pleure pas pour être belle, j'pleure parce que j'en peux pu, Martin. J'en peux pu !

-Arrête, Manon ! Arrête !

Il ne pouvait pas supporter de me voir pleurer. Ça lui faisait mal. Parce que tout ça c'était vrai et qu'on ne pouvait rien faire pour y changer quoi que ce soit. »


« Tout cela s'est passé à une époque pas si lointaine qu'on a appelée la Révolution tranquille. C'était tellement tranquille qu'on ne s'est pas aperçu tout de suite qu'il y avait une révolution. »