mercredi 1 mars 2017

Nefertari Belizaire

J'ai appris le décès de Nefertari Bélizaire il y a quelques jours. Comme beaucoup, son livre m'avait bouleversée lors de sa sortie. J'avais alors écrit un article à son propos pour le webzine littéraire La Recrue du Mois. En hommage à cette enfant abusée et à la femme courageuse et talentueuse qu'elle était devenue, je partage ici aujourd'hui ce billet publié initialement en octobre 2014.



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Enfances ravagées




Il y a d’abord eu Cru de Nefertari Bélizaire. J’ai ouvert ce livre, l’ai lu dans sa totalité, l’ai refermé. Ai-je respiré durant cette lecture? Je ne crois pas. J’ai été abasourdie par ce cri déchirant. Le témoignage de Nefertari Bélizaire est percutant. Viol, pédophilie et crime contre l’humanité sont au cœur de ce roman.
J’ai enchaîné avec Ma belle blessure de Martin Clavet. Le même phénomène s’est reproduit. Respiration coupée. L’intimidation a remplacé le viol, l’intensité du récit est puissante, là encore.
Mais après les cris, le silence est parfois encore plus insoutenable. On demeure là, hébété, avec dans la tête la voix d’une enfant qui nous rappelle inlassablement au long de son récit qu’elle n’a que deux ans et demi. Deux ans et demi, deux ans et demi, deux ans et demi… Et celle d’un jeune garçon qui ne rêvait que d’une chose : jouer au ballon avec les autres dans la cour de récréation.
Les procédés sont différents pour livrer ces témoignages : lettre au bourreau rédigée des années plus tard dans le premier cas, journal intime rédigé au jour le jour dans le second. Mais dans les deux cas, les enfants ont décidé de prendre la parole, les victimes s’expriment.
On comprend aisément que ce livre de Nefertari Bélizaire fait office de thérapie pour la femme qu’est devenue la victime de ces actes odieux. Ne devrait-il ne servir qu’à cela, ce livre mériterait d’être écrit et lu. Il permet d’étouffer le besoin de vengeance. Dans le cas du roman de Martin Clavet, la vengeance a bel et bien lieu; elle n’est plus tournée vers soi au cours d’un processus d’autodestruction, mais vers l’autre. Car, seules ces deux issues sont envisageables pour les survivants de ces atrocités.
Les bourreaux quant à eux — on nous le démontre doublement –, poursuivent leurs vies en toute impunité.
Nefertari Bélizaire donne la parole à sa narratrice des décennies plus tard, permettant à celle-ci de faire un autre constat : en plus d’avoir été souillée, Poupa réalise à quel point elle a également été manipulée par son agresseur, son parrain, son « guide spirituel » selon la tradition religieuse.
« Le petit Jésus me confie une mission. Il dit : Dis à la Poupa qu’il faut qu’elle joue avec Parrain Stepan. C’est la seule façon de devenir une bonne petite fille. Il faut que la Poupette joue avec le gros doigt de Parrain Stepan. »
Et lorsque son plaisir commence :
« Hum… Oh oui, le petit Jésus est content, oui, il est content. C’est comme ça qu’il faut être une bonne petite fille. Oh… hum. »
Poupa se convainc peu à peu qu’il s’agit donc là de la punition que lui inflige Jésus. Pourtant, un mince espoir parvient à se frayer un chemin parmi ces actes ignobles répétés durant des mois. La vue d’un cheval blanc ou le spectacle de la mer parviennent à émerveiller l’enfant de deux ans et demi. Malgré tout. La blessure à la main de Rastaban devient belle. Malgré tout.
« J’ai admiré ma belle coupure, ma belle viande rose. Je voyais la lumière au fond de la coupure, et pis j’entendais les anges qui chantaient du Dinosaure Diesel genre la chorale au temple si tu vois ce que je veux dire. Je pouvais pas m’empêcher de la sentir, de lui faire des bisous à ma belle blessure. »
On remarque ici un ton décalé. Martin Clavet a aussi pris, parallèlement, l’option de placer son récit dans le futur. Un futur proche, mais futur tout de même. Comme si le passage à l’acte de l’écriture n’était pas totalement assumé, comme si la réalité dite était encore trop crue, comme si un artifice était encore nécessaire pour être capable de coucher les événements sur le papier. Nefertari Bélizaire pour sa part a su trouver le ton exactement adéquat à la libération de ce cri. Elle sait que celui-ci est bruyant et est en paix avec ça.
En terminant, je m’interroge sur le rôle que devraient jouer de tels livres dans notre société. Je me questionne sur la nécessité de leur écriture et de leur lecture si elles demeurent sans suites concrètes dans le sens d’une condamnation pure et simple des bourreaux.
Que peut faire le lecteur bousculé par ces romans avant que le bruit du monde en mouvement n’engloutisse les mots de Nefertari Bélizaire et Martin Clavet?
Bibliographies
Cru
Nefertari Belizaire
Leméac, 2014
112 pages
Site de l’éditeur : http://www.lemeac.com/
Ma belle blessure
Martin Clavet
VLB, 2014
128 pages
Site de l’éditeur : http://www.edvlb.com




lundi 27 février 2017

33, chemin de la Baleine de Myriam Beaudoin

J'ai beaucoup réfléchi à la manière de parler de ce livre :



et ma conclusion est qu'il est impossible de le faire sans risquer de dévoiler des éléments qui pourraient gâcher votre plaisir de lecture. Sachez donc seulement qu'il s'agit d'un homme qui lit des lettres à une femme âgée à qui il rend visite dans une maison de retraite. C'est d'ailleurs la présence de ces lettres qui me permet de participer au challenge suivant : 


Parlant de challenge, précisons aussi que j'ai choisi de lire ce livre, car il correspond à la colonne ANIMAL de ma première ligne pour le challenge d'Enna :

Ce roman a donc été pour moi une découverte totale de l'écriture de Myriam Beaudoin. Et VLAN ! C'est pour ça que j'aime les challenges : on choisit un titre pour une raison totalement futile et BADABOUM, on se prend une claque magistrale. 

En effet, depuis que j'ai refermé le livre, je ne cesse de me demander : mais, a-t-il vraiment existé cet Onil ? L'univers créé par l'écrivaine semble si « vrai » que j'ai été vérifier si certains éléments existaient bel et bien. On sait que les auteurs mélangent un peu de vérité, de fiction, des faits réels, des lieux et des personnes créés de toutes pièces. Mais ici, tout est tellement concret (bien que non conforme à la réalité), que c'en est troublant et... j'ai donc entrepris quelques recherches.

Ce qui suit paraîtra peut-être saugrenu à certains, mais je rêve désormais de rencontrer Myriam Beaudoin pour savoir si je n'ai pas juste un tout petit peu raison, car, je crois que derrière Onil Lenoir se cache un portrait en pointillé de... Claude Jasmin !


> Le personnage d'Éva serait peut-être même une forme de réponse à celui d'Anita, la fille numérotée, le judaïsme de l'une étant remplacé par le catholicisme de l'autre, mais l'intensité de la ferveur étant la même (je me demandais aussi pendant ma lecture pourquoi toutes ces prières nous étaient expliquées en détail !). Et les trames narratives des deux livres se croisent dès lors subtilement.

> Et puis, l'auteure fait mention des yeux d'Elsa quand l'écrivain évoque Aragon. 

> Il y a aussi Lise, un prénom tout de même assez proche de Louise, non ?

Tout ceci va un peu plus loin je trouve que de remplacer Le Cercle du Livre de France par la Nouvelle École Littéraire de Montréal ou Pleure pas, Germaine par Viens danser, Liette. Et cela me fascine.

Je n'arrive pas à m'ôter cette idée de la tête. Je continue sans cesse de me demander : Est-ce lui ? Et j'espère qu'arriveront vite les réponses à mes questions... (attention, un paragraphe peut en cacher un autre !!! 😉)

En tout cas et quoi qu'il en soit, Myriam Beaudoin a toute mon admiration pour la puissance de son écriture. J'ai presque peur de lire ses autres livres me demandant s'ils seront à la hauteur de celui-ci.  

samedi 25 février 2017

Moonlight, a film by Barry Jenkins


I was a wild little shortie, man. Just like you.

Running around with no shoes on, the moon was out.

This one time, I run by this old... this old lady.

I was running, howling. Kinda of a fool, boy. 

This old lady, she stopped me. She said...

"Running around, catching a lot of light".

"In moonlight, black boys look blue". 

"You're blue". 

"That's what I'm gonna call you: 'Blue'."


jeudi 23 février 2017

ÂmeGraphique février 2017 - Toutes les interprétations du mot NOIR !

La toute première à nous avoir livré sonfut Ritournelle et même après tout ce temps, je me demande encore comment il se peut que la voiture à droite de l'image qui roule en pleine nuit soit nette !!! C'est du grand art !

 Puis, ce fut à mon tour de publier ma contribution entre art et... gourmandise :



Oh j'y pense, je n'ai pas été la seule gourmande ce mois-ci. La photo de Manika me permet de déculpabiliser 😉

Et il y a même des jours où on prend le petit carré de chocolat noir avec un bon café noir. Mmmmmm. Après ça, il se peut qu'on ne dorme pas, mais on s'en fiche, on a plein de livres à lire !

Pour ce faire, on peut comme Laetitia, se retirer dans une petite cachette 😉 :



Ou (re)lire NoireClaire de Christian Bobin comme nous le suggère Sabine dont la photo annonce la venue de la fin de journée : 

A peu près à la même heure, mais dans un autre lieu, Christine contemple elle aussi la fin du jour :

Prendre une photo presque au même moment, voici un concept qui ne peut me faire penser qu'à une seule personne... Enna ! Connaissez-vous son rendez-vous ? Le prochain, c'est le 3 du 3 à 3h3.😉 Oui, Enna a souvent son appareil-photo/téléphone à la main, même quand elle va au cinéma et heureusement, car c'est une fois plongée dans le noir de la salle que son âme graphique s'est révélée : 




Mais, Enna n'était pas dans cette salle par hasard... elle venait découvrir l'histoire d'une femme noire dans le cadre du mois de l'histoire des noirs. Ah ben oui, elle est comme ça Enna : au début du mois, elle me dit : je crois que je ne participerai pas, je n'ai pas d'inspiration et TOC, 3 noirs plutôt qu'un ! Parlant de générosité, Blondie a elle aussi été grandement inspirée par le noir qui, chez elle, devient parures :  


 


Oh, les étoiles sont apparues, la nuit est donc arrivée. C'est une bonne nouvelle, car la belle lune ronde de Martine nous indique que le noir, c'est aussi l'amitié :


Le noir  ne nous a donc finalement pas fait peur du tout. Nous savons toutes très bien qu'après la nuit revient toujours le jour. Et c'est sur Stockholm qu'il se levait quand Gaëlle a pris cette superbe photo de la couronne d'or Royale Suédoise :
 

Cela tombait parfaitement bien, car j'avais vraiment envie de couronner l'une des participations de ce mois-ci qui m'a totalement émue, image et mots, c'est celle de Clodine :

Noir
Et voilà que le monde se casse 
qu'il fout le camp qu'il se barre en miettes brindilles
qu'il s'effrite qu'il dérive qu'il s'effondre
Demain il ne restera peut-être plus rien de lui
Au travers pourtant, la lumière.


MERCI À TOUTES

Je reprends ici le fil de mon histoire pour vous livrer deux autres noirs / 
Le premier compose la silhouette de Céline qui partait à la gare /
Chez Nathalie, une fougère dans la lumière devient une oeuvre-d'art /
Et je crois bien que ce sera tout pour ce soir. 😊






mercredi 22 février 2017

Noir

Ce mois-ci, le thème de 




de Sabine est le mot 

NOIR.

Pour l'addict que je suis, dès que le mot NOIR est prononcé, un autre surgit immédiatement dans mon esprit : CAFÉ.

Buvant plusieurs tasses par jour de ce délicieux liquide, la mission était simple pour moi et j'ai donc commencé à photographier dès le début du mois les multiples moments passés avec mon complice de chaque jour. 

Mais bon, une photo de café... ça ne casse pas trois pattes à un canard... en tout cas quand on a aussi peu de talent en la matière que moi. Parlant de talent, c'est là que le deuxième élément de ma photo est survenu, car, ELLE, du talent, elle en a ! 

Je voulais en effet parler ici, déjà depuis quelque temps, de Maria Aristidou, mais je ne savais pas comment le faire. L'AmeGraphique de ce mois-ci me permet donc de le faire et de vous présenter... celle qui peint avec du café noir. 

Elle est chypriote et il est possible de se procurer certaines de ses oeuvres via internet (personnellement, j'ai payé par PayPal (5 euros frais de port inclus) et le carnet est arrivé quelques jours plus tard en Amérique du Nord, cadeau pour mon chéri, fan de La Guerre des Étoiles vous l'aurez compris!).


À très vite pour découvrir les « Âmes Noires » 😉 de tous les participants ! 

mardi 21 février 2017

Hidden figures, a film by Theodore Melfi

Yes, yes, yes ! Trois fois YES ! Comme ces trois femmes extraordinaires ! Ce film est excellent. On passe par toutes les émotions et surtout, surtout, surtout, il redonne la place qu'elles méritent à Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson. Sans elle, la capsule de John Glenn n'aurait jamais décollé le 20 février 1962... ou ne serait jamais revenue sur terre ! 


"It's not because we wear skirts, 
it's because we wear glasses."

dimanche 19 février 2017

Le long voyage de Leonardo Sciascia


Pour ma seconde participation au rendez-vous de Martine : 



J'ai choisi une nouvelle extraite du livre de Leonardo Sciascia : 


Je ne résumerai pas le récit de ce long voyage, car ce serait tout en dévoiler, mais disons simplement qu'il s'agit de quelques personnages qui quittent l'Italie pour se rendre, chargés de leurs valises et de leurs espoirs, en Amérique.

Il s'agit de ma première rencontre avec Leonardo Sciascia et je suis sous le charme. Certaines plumes envoutent, d'autres interpellent, celle-ci charme de façon irrésistible. On suivrait cet auteur n'importe où... même sur un bateau en pleine mer pendant plus de 10 jours !

Le charme de Sciascia est dans la description de toutes les petites imperfections de ses personnages, toutes leurs petites manies, tous leurs tendres défauts.

Un peu à la manière dont les personnages de Michel Tremblay ne se rendent pas à Montréal, mais à Morial, ceux de Leonardo Sciascia rêvent du Nugiorsi (New Jersey), de Nuovaiorche (New York) et de retrouver leurs cousins à Brucchilin (Brooklyn).    

Une bien bonne nouvelle donc... de savoir qu'il me reste encore après celui-ci plein de livres de Sciascia à découvrir ! 😊