lundi 6 février 2017

La porte du ciel de Dominique Fortier


La trame principale du livre de Dominique Fortier se déroule pendant la guerre de Sécession, mais pas seulement, car... 

« Puisque nul traité de paix n'est venu marquer la fin de cette étrange guerre fratricide, comment prétendez-vous savoir qu'elle est bien finie ? » 



C'est autour de cette interrogation que s'articule tout le roman (basé sur de multiples faits historiques) qui passe d'un siècle à l'autre afin d'interpeler le lecteur sur la permanence de ce sentiment d'illégitimité qui continue trop souvent de hanter les Noirs. 

« Est-ce l'an de grâce 1864 ou l'année 2011 de notre ère ? Qui saurait le dire ? » 

« Il me semble que je suis ici en visite, comme si on me tolérait mais que je n'étais pas chez moi » dit Eleanor, jeune femme blanche qui vient d'emménager chez sa belle-mère. « Eve ne répondit pas. Elle n'avait jamais eu d'autre impression que celle-là. » (Eve, on l'aura compris, est noire)

L'avantage des lectures thématiques est de pouvoir poser différents regards sur un même événement. Ainsi, l'abolition de l'esclavage dont il est question dans le superbe film de Steven Spielberg :



est ici vue d'une toute autre manière : 

« Des hommes à Philadelphie s'étaient rassemblés pour déclarer leur indépendance, ils avaient couché sur le papier ces mots disant que les hommes avaient été créés égaux et que chacun avait le droit de chercher le bonheur, et puis ils étaient rentrés chez eux, où il faisait bon auprès de leurs femmes et de leurs enfants. Les mots étaient restés là. » 


Passerelle également entre cette lecture et celle de Philida d'André Brink où celle-ci concluait :


« Si tu veux mon opinion, ce sera plus dur pour les Blancs que pour nous. Nous, on se débrouille toujours, d'une manière ou d'une autre. Mais qu'est-ce qu'ils vont devenir, eux ? On est tous comme les fondations de leurs  maisons, pour ainsi dire. Ils ont construit leurs vies, absolument tout, sur notre dos. Tout le pays s'est construit avec notre sueur et notre sang. »

Alors que June ici dit à son fils épris de liberté et qui souhaite rejoindre les combats :

« La liberté, mon fils, ce n'est peut-être pas aussi important qu'on le dit. Regarde ce que les Blancs, qui l'ont depuis toujours, ont trouvé à en faire. » 

Mais, il y a encore plus que tout cela dans le livre de Dominique Fortier, il y a cette manière dont elle parvient à parler de la guerre avec justesse et poésie. Oui, poésie. Ces deux termes ne semblent pourtant pas être faits pour s'entendre, mais l'auteure parvient pourtant à mettre l'une au service de l'autre pour livrer son message.


Cette poésie transparaît, entre autre mais pas uniquement, dans les références aux courtepointes de Gee's Bend qui ont, en partie, inspiré Dominique Fortier durant son travail d'écriture.

Et c'est ainsi que la guerre de Sécession sous la plume de cette auteure de talent prend un tout autre visage :

« Ce n'était pas un pays en guerre, ni même deux pays dont l'un cherchait à se détacher de l'autre : c'étaient trente pays tenant ensemble par des liens plus ou moins lâches, qui tantôt se défaisaient et tantôt se renouaient, comme si les pièces d'une courtepointe tout à coup prenaient vie et s'avisaient de changer de place et de couleur, arrachant les coutures au passage, traînant derrière elles des bouts de fils inutiles. » 

Mais, au milieu de toutes ces guerres, de tous ces combats, il est une chose qui perdure et ne disparaîtra jamais...

« Tu as vu ? demanda le plus grand. Il est arrivé aujourd'hui.

Le plus petit avait vu, mais semblait trop saisi pour répondre. Visage levé vers l'ange, il semblait attendre quelque prodige. Il porta machinalement la main à sa poitrine. 

Ils vont le fixer demain, poursuivit l'autre d'un ton important. C'est pour ça qu'ils ont mis les cordes, en attendant, pour ne pas qu'il tombe pendant la nuit.

Le petit se retourna vers lui avec un air qui ressemblait à de la pitié, et souffla comme pour lui-même : Mais non, s'ils ont mis les cordes, c'est pour ne pas qu'il s'envole. »



Cette lecture correspond à la colonne OBJET de ma première ligne pour ma participation au :
 



vendredi 3 février 2017

Philida d'André Brink



J'ai choisi de conserver ici les 4 différentes couvertures du livre d'André Brink, car c'est une manière pour moi d'illustrer les multiples facettes que comporte ce livre dont l'histoire se déroule en Afrique du Sud en 1834. Je crois en effet que ce livre est inclassable. Il aborde tant de sujets de tant de manières qu'il en devient unique. 

La première couverture présente Philida dans tout ce qu'elle est avant d'être une esclave : une mère, la propriétaire d'une petite chatte appelée Kleinkat, une femme qui mérite de s'asseoir et de se reposer.

La seconde couverture évoque, à mes yeux, le chemin que Philida parcourt, au sens propre comme au sens figuré, pour découvrir qui elle est véritablement : trouver sa foi d'une part et se rendre au fameux Gariep, cet endroit « où on découvre ce qu'on ne savait pas avant » d'autre part.

La troisième couverture est pour moi la plus belle, la plus touchante, car c'est vraiment ainsi que je me suis imaginée Philida avec son franc-parler, sa beauté, sa dignité face à tout ce qu'elle vit.  

La quatrième couverture avec ses teintes sépia est, toujours selon moi, une référence à l'aspect historique qu'André Brink relate au fil des chapitres de son livre qui se déroule durant les quelques mois qui ont précédé l'abolition de l'esclavage en Afrique du Sud.


Au fil de ces multiples thèmes abordés, l'écriture d'André Brink entraîne le lecteur dans toutes sortes d'émotions : 
on sourit devant les remarques parfois naïves mais si lucides de Philida; 
on frissonne devant la cruauté de certains traitements infligés aux esclaves; on s'interroge et on réfléchit sur les questions philosophiques soulevées par l'auteur quant à l'ambivalence des êtres humains que, finalement, seul le destin a fait maîtres ou esclaves; 
on sent sa gorge se nouer face à des déclarations justes et universelles qui demeurent longtemps dans nos pensées. 

« Chaque individu, dans sa solitude, 
est en réalité tous les habitants de la terre... 
Quiconque tue un être humain 
tue l'humanité entière... 
quiconque sauve une vie humaine 
sauve l'humanité entière. »


Cette lecture correspond à la colonne PRÉNOM de ma première ligne pour ma participation au :







mercredi 1 février 2017

Le temps où nous chantions de Richard Powers

Impossible pour moi de débuter ce mois de l'histoire des Noirs par un autre titre que celui-ci. A ce jour, il demeure l'un des rares à côté duquel je me permets d'apposer le terme de chef-d'oeuvre. 

Cette lecture remonte à 2014 et le présent billet est une refonte de celui que j'avais écrit à l'époque sur un autre blogue. Replonger dans cette oeuvre aujourd'hui me permet de constater que rien n'a changé de l'intense émotion qui m'avait étreinte à l'époque. Je prédis que ce livre deviendra, avec le temps, un classique incontournable.



 

Les 700 pages de cet ouvrage magistral s'articulent autour du thème du tempo, du temps.

Le père, Da, est un scientifique cherchant à percer la fameuse question du temps, des instants, du futur, du passé, des boucles temporelles, du maintenant, du toujours.

La mère, Delia, est une femme noire qui défie le temps dans lequel elle vit, celui du mouvement des droits civiques aux États-unis. En avance sur son temps, elle unit sa vie à un homme blanc et propose au monde ses enfants métisses. Consciente cependant des enjeux en question, elle leur offre la musique et le chant comme protection.

« Nous avions trouvé refuge dans les salles de concert, en un sanctuaire qui nous protégeait du bruit véritable du monde. »

Les fils, Jonah et Joey, se consacrent pleinement à la musique et à son tempo qu'ils 
décortiquent jusqu'au moindre souffle.

La fille, Ruth (dont le nom prononcé Root signifie racines) permet à tous ces personnages de parvenir parfois à se retrouver, à s'accorder, le temps de donner quelques réponses... qui appellent inévitablement de nouvelles questions.
La musique occupe une grande place dans ce livre. A un tel point que je crois que ce livre est en fait lui-même une partition musicale.

Ce sentiment m'est venu dès les premiers chapitres, car ils avaient un rythme bien particulier. Ils commençaient tous de façon un peu floue donnant l'impression de ne pas savoir où ils allaient pour terminer de manière grandiose en des moments où ma gorge se nouait. Puis, cela recommençait tout doucement avec le chapitre suivant pour suivre la même construction.

Et ainsi, tout le livre s'est déroulé selon un schéma qui, j'en suis presque persuadée, était établi à la manière d'un morceau de musique pour finalement me laisser, après avoir tourné la dernière page, dans ce silence rempli des dernières ondes...

... où l'on ne sait pas si c'est vraiment terminé,
... où tout pourrait aussi bien recommencer,
... où l'on hésite à applaudir de peur de briser la magie,
... où l'on se rend compte que l'on vient de vivre quelque chose d'immense.




lundi 30 janvier 2017

Il Viaggio

Alors que se profile pour nous à l'horizon de 2018 un déménagement en Italie (le pourquoi, le comment et tutti quanti seront expliqués en privé aux personnes intéressées ;-) ), je me tourne tout naturellement vers les livres pour préparer cette aventure. 

Et je rejoins donc le :



En février, pour la halte à Venise, je vais (esssayer de) lire :


Et en mars, je vais (essayer de) rejoindre les autres voyageurs-lecteurs en Sicile avec :


D'ici là, tel qu'annoncé dans mon précédent billet, la place va être faite durant tout le mois de février à des publications en lien avec le mois de l'histoire des noirs. Ça commence mercredi ! Stay tuned !








samedi 28 janvier 2017

Âme graphique : février 2017



Âme graphique est un rendez-vous mensuel initié par Sabine du Petit carré jaune.

Pour l'an neuf, Sabine a passé le relais à Martine de Lectures (et plus).

Je vais poursuivre en février cette chaîne de mots et de photos avant de passer à mon tour le relais le mois suivant à une autre personne. 

J'ai choisi d'être l'hôte de cette activité ce mois-ci pour plusieurs raisons :

*La première étant que le mois de février est le moins occupé de l'année pour moi. Ensuite, la course folle reprendra. C'était donc now or never ! :-)

*La seconde est que je pense être la seule participante « hors Europe » et j'aime cette idée de faire ainsi voyager les belles rencontres et les moments de partage.

*And last but not least, j'avais déjà une idée de mot ! :) 

En effet, dans quelques jours débutera partout en Amérique du Nord, le mois de l'histoire des Noirs. 


Je vais à cette occasion publier uniquement des billets en lien avec ce thème (lectures actuelles ou plus anciennes, films et toute chose en lien avec l'histoire des Noirs) durant tout le mois de février. 

Et donc, le jeudi 23 février, je vous présenterai tout ce que le mot « NOIR » a inspiré aux âmes graphiques qui seront au rendez-vous.

Pour participer, c'est très simple :

1 - Vous prenez une photo illustrant pour vous le mot « Noir ». Bien sûr, toutes les interprétations sont possibles, pas uniquement celle que je suggère ici. 

2 -  Vous me faites parvenir votre photo (toute seule ou accompagnée d'un article) via le groupe Facebook de l'activité ou en ajoutant un lien vers votre blog dans les commentaires du billet que je publierai le 23 février (pas celui-ci, hein ! ;-) ).

C'est tout ! Je vous souhaite un très beau mois de février ! 

« Il n'existe pas un noir, mais des noirs. » 
Yves Saint-Laurent


samedi 21 janvier 2017

Gentils coquelicots


Je reprends ici les coquelicots déjà déposés sur ce blogue et j'en ajoute de nouveaux... 
simplement pour le plaisir de les admirer ! :) 




















mardi 17 janvier 2017

La boutique jaune de Jeanne Benameur

J'ai lu ce tout petit livre de 150 pages environ dans le cadre du challenge du petit bac d'Enna, car il y avait le mot JAUNE dans le titre et que cela correspondait donc à la catégorie COULEUR.




Il s'agit d'un roman jeunesse dans lequel toute la douceur et le regard bienveillant de Jeanne Benameur sont bien présents. Je n'ai pas été déçue par ces retrouvailles avec l'auteure après Profanes. 

                                                               

Mais, je ne peux m'empêcher, lorsque je lis ce genre de récit, de penser à tous les jeunes que je côtoie et de me demander s'il n'y a pas un décalage entre le monde décrit par ces auteurs... et la réalité. Cela semblera peut-être un brin pessimiste, mais... de nos jours, des jeunes de secondaire/collège (selon l'endroit du monde où vous vous trouvez) prendraient-ils vraiment le temps de caresser le bois des volets d'une vieille boutique et de se réjouir de voir un enfant danser avec des gouttes de pluie ? 

Peut-être... certains... mais d'autres ont bien d'autres « choses » à gérer... 

Alors qu'il est plein d'espoir, ce livre m'a pourtant donné un peu le bourdon. Il a été écrit en 2002 et j'ai l'impression que les 15 dernières années ont été assez redoutables pour notre société. 

Peut-être que je me trompe, peut-être que ce livre a toujours énormément de succès auprès des jeunes, peut-être que rien n'a changé de la soif d'aventures et de rencontres qu'ils ont et de la saine curiosité qui les pousse à découvrir le vaste monde. Peut-être que la poésie du quotidien continue d'habiter les rues.

Peut-être...