jeudi 5 janvier 2017

Claudie Gallay


J'ai voulu profiter de la catégorie ALIMENT du challenge :

pour retrouver Claudie Gallay avec :


J'ai été un peu déçue. En effet, je n'ai pas retrouvé ici l'intensité qui m'avait bouleversée dans :


Ce livre est arrivé dans mes mains juste après « Nous étions le sel de la mer » de Roxanne Bouchard. Lors de la lecture des premiers chapitres, les similitudes entre les deux m'ont frappée.

Une jeune femme vient passer du temps dans un village et découvre le monde des travailleurs de l'endroit (les hommes de la mer chez Roxanne Bouchard, ceux de la montagne et de la forêt chez Claudie Gallay) en attendant de renouer avec son passé via son père /sa mère. Au cours de cette attente, les gens du village jouent chacun des rôles précis et le bar/restaurant fait office de quartier général où les messages sont transmis où les rencontres ont lieu.

Les similitudes étaient telles que je craignais de mélanger un peu les deux histoires.

Puis, là où l'écriture de Roxanne Bouchard avait été simplement agréable, celle de Claudie Gallay a été une révélation. 

Cette auteure possède une plume telle que je les aime, qui nous oblige à ralentir, qui prend le temps d'apposer de multiples petites touches pour que naisse finalement l'émotion, que la gorge se noue. Pour quelle raison ? Aucune en particulier, juste des sentiments qui se révèlent forts, parfois même plus grands que les personnages qui les abritent et souvent aussi que nous-même.
Je ne sais pas trop pourquoi cette fois-ci l'histoire de ce petit garçon dont la maison menace de tomber au fond d'un gouffre - comme le reste de sa vie - ne m'a pas touchée; peut-être est-ce parce que d'autres ont, mieux qu'ici à mon très humble avis, fait parler des enfants : Paule Noyart dans La nuit d'Ostende, Marie Clark dans Mes aventures d'apprenti chevalier presque entièrement raté, ou encore David Bouchet dans Soleil. Ou peut-être est-ce la poésie que le titre annonçait et que je n'ai pas su retrouver dans cette histoire qui m'a déroutée. Ou juste un mauvais timing. Qui sait ?

Mais bon, ce ne fut pas une lecture désagréable du tout, juste un peu en-deçà de mes attentes. Ce n'est pas grave, ce n'est que partie remise !

mardi 3 janvier 2017

Meeting with my brother by Yi Mun-yol

Dans la série « je comble mes lacunes lentement mais sûrement », je viens de découvrir Yi Mun-yol, célèbre écrivain coréen maintes fois primé, dont je n'avais absolument... jamais entendu parler ! Shame on me !

Tout d'abord et simplement pour le plaisir graphique, voici son nom en coréen : 

이문열

Je trouve ces caractères de toute beauté comme le roman que je viens de terminer : 



Il s'agit d'une novella, mais je crois qu'un classement dans les essais aurait été tout aussi pertinent. En effet, le voyage de ce professeur vivant en Corée du Sud et qui rend visite à son frère (qu'il n'a jamais vu auparavant) en Corée du Nord n'est ici que le prétexte à la transmission d'une culture (ou de deux, mais... les choses ne sont pas si simples) et à une réflexion sur la place de l'être humain tangible dans nos conceptions idéologiques.  

L'écriture limpide de Yi Mun-yol permet à des gens comme moi, n'ayant aucune connaissance de la Corée, de découvrir tout en douceur ce pays et ses traditions. Le passage expliquant la composition des prénoms des enfants d'une famille est superbe. Plus tard dans le livre, la confrontation des rituels funéraires du Nord et du Sud est aussi fort intéressante. 

Mais, ce qui fait la beauté de ce livre est ailleurs, dans sa portée universelle. Ce qui est dit ici à propos des deux Corées pourrait s'appliquer en de multiples autres lieux du monde et dans de très nombreuses familles également.   


Lors des retrouvailles, les frères cherchent d'abord à montrer qu'ils ont « réussi », qu'ils n'ont rien à envier à l'autre. Puis, vient ensuite la rivalité de l'appartenance (de qui le père était-il plus le père ?). C'est ensuite un échange de « clichés » sur leurs pays respectifs qui se produit, avant que la carapace ne commence à se fendiller et laisse voir une sensibilité commune.

Mais, personne ne baisse sa garde et chacun repart de son côté... sans se retourner ? Pour ces deux-là, c'est impossible, mais ce ne sera pas le cas d'une autre soeur. Peut-être a-t-elle simplement manqué de temps ou n'a-t-elle juste pas été « mise en présence » de son frère... 

C'est ce que je retiens de cette fabuleuse lecture : derrière chaque pensée, derrière chaque idée, plaçons un être humain bien concret pour voir si elle tient toujours. 

Cette lecture constitue ma première participation de l'année au 


dans la catégorie FAMILLE.


vendredi 30 décembre 2016

Dolce vita de Juan Joseph Ollu

C'est Sara, stagiaire chez Annika Parance, qui a eu l'idée de me faire parvenir ce service de presse et je la remercie sincèrement pour cela, car ce livre est arrivé à point nommé dans ma vie. Il y a des choses comme ça qui arrivent et pour lesquelles on dit simplement merci sans se poser plus de questions. 

Ce livre, le voici : 


Il m'a accompagnée durant plusieurs semaines, non pas parce qu'il était long à lire, mais parce que chaque nouvelle page lue donnait lieu à des réflexions, des pensées et des prises de notes dans un cahier. Dolce Vita détient d'ailleurs ici un record, celui des pages écrites en cours de lecture... 17 !

Avant de vous faire part de mes découvertes, je tiens à dire au lecteur que je suis la maman d'un garçon de 13 ans. Depuis quelques temps, je m'interroge sur la meilleure façon d'être à ses côtés durant la saison de sa vie où il va quitter l'enfance et son insouciance pour entrer dans la vie adulte et... tout ce qu'elle contient. J'ai trouvé beaucoup de réponses à mes questions dans le livre de Juan Joseph Ollu qui m'a permis de replonger dans cette saison lointaine, de me souvenir, de vibrer comme jadis et comme mon fils vibrera sous peu. 

Le livre de Juan Joseph Ollu en est un d'atmosphère et de sensations. Accessoirement, il y est question de sexualité, d'homosexualité, de bisexualité, mais ce n'est pas là le propos central, car comme le rappelle l'auteur, le sexe du partenaire est secondaire, le sentiment fort passe avant. 

Crédit :Monik Lanza photographe
En plus d'une écriture subtile qui enveloppe le lecteur, le prenant délicatement dans ses bras, Juan Joseph Ollu compose un univers. Oui, il le compose, il ne le crée pas comme certains autres le font. Lui, il juxtapose, colle, agence, enchaîne, harmonise des références littéraires, musicales et cinématographiques pour fabriquer un monde dans lequel il fait évoluer ses personnages empreints de ces cultures riches. 

Vous trouverez donc ci-après trois choses :

  1. Une liste de références qui peuvent servir de préambule ou de prolongement à la lecture de Dolce Vita;
  2. Une composition de mots, ceux qui appartiennent à la saison de la vie qu'on laisse derrière nous après 25 ans et qui se retrouvent ici dans ce livre pour nous rappeler que même si le monde change, la sensibilité humaine, elle, ne change pas.
  3. Une succession de citations relevées dans le livre qui, un peu à la manière d'une bande-annonce, vous emporteront dans le tourbillon de la dolce vita de Juan joseph Ollu et vous donneront assurément envie d'y goûter. 
Tout d'abord donc quelques films et livres cités au fil des pages de ce roman et qui contribuent à créer cette atmosphère que l'on ne quitte qu'à regret :

Bonjour tristesse & Un certain sourire de Françoise Sagan


La Dolce Vita de Federico Fellini


En l'absence des hommes de Philippe Besson



Ensuite, ces quelques mots tirés du livre et tout en désordre, un chaos qui illustre bien je crois cette saison de la vie... passionnante recherche de définitions ! 


Et enfin, la trame narrative de ce livre que nous offre Juan Joseph Ollu en même temps que son écriture, sa sensibilité et, je crois, un peu de sa vie. 

Tout commence tranquillement dans un lycée parisien, l'année du bac...

Toujours avoir un livre avec lui, ou plusieurs. Pour la littérature et les mots bien sûr, mais aussi comme portes de sortie ou possibilités de parenthèses, d'évasion et de fuite. Et le cinéma, influençant ses actions et sa déraison. 

La « drague » comme un jeu...

C'est peut-être cynique, mais je dois bien l'admettre : cela facilite les choses d'être, sans effort, agréable à regarder.

Les soirées...

Je jetai un coup d'oeil à mon portable : minuit et demi. Seulement. Et maintenant, quoi ? Tout sauf ce vide horrible, cette tristesse, cet ennui.

Et puis... le premier amour...

J'avais dix-huit ans, j'étais vivant, j'étais heureux tout à coup et il n'y avait rien d'autre.

La métamorphose...

Jusque là, tout m'avait paru tellement simple, évident. Et voilà qu'en si peu de temps, quelques semaines, des failles s'étaient ouvertes, et j'entrevoyais - à peine - un vide vertigineux, abyssal même, tout près, juste devant moi.

Les questions sans réponses immédiates...

Cette légèreté supposément inhérente à de tels moments, il me semblait pourtant la sentir, tout près de moi, mais elle s'écartait, inatteignable; aussitôt que je tentais de la saisir, de la vivre pleinement, elle m'échappait, remplacée par d'innombrables questions et là, tout au fond du coeur, une sorte de détresse latente, insaisissable elle aussi, mais bien présente.

Les attentes, les espoirs, les idéaux...

Non ! Non, plus de cet ennui, de cette crainte de la quiétude. Je voulais me sentir exister, me sentir à vif à chaque instant, désormais, toujours. 

Le romantisme...

Penser à toi, ça m'empêchera de m'ennuyer, comme je me suis toujours ennuyé avant de te connaître.

Les prises de conscience de soi-même...

La révélation que j'avais eue de moi-même et du monde, ainsi que de l'existence de cet être qui me torturait sans le vouloir m'avait sorti de ma désinvolture.

... et des autres...

Je ne savais pas encore qu'une existence tout entière ne suffit même pas pour cerner sa propre vérité sous tous ses aspects, dans tous ses états, à travers tous ses visages. Alors, celle d'un autre...

... de leurs propres failles...

Je découvrais la vie à travers lui et il trébuchait, ne savait plus comment avancer.

Puis, les espoirs...

Sur sa figure, un bref instant, je lus l'avenir dont je rêvais.

... les blessures...

Tout tenter. Ne rien laisser en suspens. Tout détruire, s'il le fallait. Cela valait mieux que ce désert vide, ce nulle part.

... et le début de toute une vie.

J'étais libre ! 

Crédit : Robert Jahns











mercredi 28 décembre 2016

Lumière

Pour la première fois, je participe ce mois-ci au rendez-vous du Petit Carré Jaune :



Le thème proposé est : Lumière.

Or, je cherchais depuis quelques temps déjà une occasion de vous parler de Maurice. C'est notre poisson. Il est arrivé chez nous il y a quelques semaines déjà pour les besoins d'un tournage et... il est resté là ! :)

Jamais n'aurions-nous pensé qu'une si petite bête dans un « bol d'eau » nous émerveillerait autant, qu'elle démontrerait une telle personnalité. Du coup, Maurice trône sur la table du salon/salle à manger/bureau ou comme on dit ici de la « pièce à vivre » (traduction quasi littérale du living-room anglais).

Maurice est superbe, mais le soir, lorsque l'on allume la petite lumière posée sur la table, là, c'est plus beau que tout, c'est... c'est... Bref, on l'aime notre Maurice et c'est donc lui la vedette de cette première participation !



   

vendredi 23 décembre 2016

New York Stories (suite et fin)

Les 8 derniers textes de ce recueil sont très variés et inégaux.

Trois d'entre eux traitent de l'immigration et le fait justement de les lire presque à la suite donnent différents points de vue sur le même phénomène, ce qui est extrêmement intéressant.

Dans Wings de Anzia Yezierska, une jeune juive russe naïve et romantique est « l'objet d'étude » d'un professeur qui vient louer un appartement dans l'immeuble dont elle est la concierge. Le ton un peu mièvre, ainsi que plusieurs clichés et caricatures m'ont déplu, mais le texte constitue une belle introduction à une réflexion sur le statut de la femme aux Etats-Unis comme ailleurs.  

« In America, if a girl earns her living, she can be fifty years old and without a man, and nobody pities her. » 

Au cours du récit, l'oncle de la jeune fille envisage de la « placer » chez un homme ce qui m'a rappelé un film dont je souhaitais parler ici, car il évoque très justement je crois ces traditions. Il s'agit de Arranged.




Negocios de Junot Diaz met en scène pour sa part un immigrant venu de la République Dominicaine pour préparer la venue ultérieure de sa famille. Ce qui m'a séduite dans ce récit est la multitude de détails, un peu à la manière d'un journal, qui retrace toutes les étapes à franchir avant de peut-être parvenir au but fixé : le voyage, les combines, apprendre la langue, se marier pour obtenir un statut permanent, faire face au racisme, travailler et grimper les échelons sociaux, avoir un plan et rester loyal envers sa famille, veiller sur sa santé, persévérer. 

Ce très beau texte pose la question des rêves versus la réalité et nous rappelle que malgré nos efforts et tout ce que l'on peut croire, c'est la vie qui décide beaucoup pour nous... plus que l'inverse.

Le dernier récit à aborder l'immigration est Mistress de Lara Vapnyar et conclut merveilleusement bien ce « triptyque »puisqu'il nous rappelle que l'immigration peut prendre une toute autre forme... quand l'amour s'en mêle...

Deux autres textes relativement courts traitent l'un de la paternité et de la façon dont elle peut changer un homme et l'autre de la maternité et de ce qu'une mère représente pour nous... et pour les autres. Ce second texte intitulé New York Day Women par Edwige Danticat 



est très touchant et constitue une sorte d'hommage aux mères. Le premier a pour titre Midsummer madness de Langston Hughes et fait appel à de nombreux proverbes. Je l'ai un peu moins aimé, car je l'ai trouvé un peu confus.

L'une des histoires m'a laissée perplexe, il s'agit de Glory in the daytime par Dorothy Parker. Je suis demeurée perplexe, car j'ai a-do-ré l'écriture, le style, le ton, mais le propos d'un pessimisme sombre quant à la vie de couple d'une part et à la célébrité d'autre part m'a déroutée. Le fond et la forme ne semblaient pas aller ensemble. Etrange sensation. J'ai donc eu envie d'en savoir un peu plus sur cette auteure et lors de mes recherches j'ai trouvé pour la décrire cette phrase troublante :

Ses amis la voyaient à la fois comme une source d'amusement et de tragédie. Elle tenta de se suicider au moins à trois reprises.



Par volonté de rendre un avis complet sur ce livre, je mentionne les deux derniers titres bien qu'ils n'en vaillent pas la peine à mes yeux : Sirens of Gowanus by Simon Richle dernier texte du livre ) que je n'ai tout simplement pas compris. Peut-être y a-t-il un symbolisme à découvrir dans cette histoire de sirènes, mais il m'a totalement échappé.

Quand à O russet witch! de F. Scott Fitzgerald, mon édition numérique ne contient que le premier chapitre. J'ignore s'il s'agit d'une erreur ou d'un choix, mais c'est terriblement frustrant. Je vais tenter d'éclaircir le mystère en écrivant à l'éditeur. Pour l'heure, je ne sais juste pas comment se termine cette histoire qui débutait pourtant fort bien. 

samedi 17 décembre 2016

18 décembre

De nos jours, le 18 décembre est un jour comme les autres, la majorité des yeux étant plutôt tournés vers le 24 du même mois. 😉

Pourtant, en 1865, le 18 décembre fut une journée mémorable qui vit la promulgation du 13ième amendement et donc l'abolition de l'esclavage.

Pour tourner les yeux vers ce pan capital de l'histoire, j'ai choisi de visionner le film de Steven Spielberg : Lincoln. Je vous le conseille vivement, il permet d'avoir une très bonne idée du déroulement des événements et de la personnalité de Lincoln lui-même. Daniel Day-Lewis est magistral dans ce rôle. 



En guise de prologue, je vous invite aussi à (re)lire le splendide Catfish de Maurice Pommier dont je recopie ici l'article que je lui avais consacré sur un précédent blogue.

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L'esclavage... On en parle souvent comme d'un « fait » historique lointain, une pratique barbare désormais abolie. Cette abolition semblant autoriser peu à peu l'oubli. Certes, il existe peut-être moins d'esclaves de nos jours, mais il en existe toujours beaucoup trop. On pense, par exemple, aux enfants « restaveks » d'Haïti.


Le livre de Maurice Pommier présente l'esclavage aux États-Unis aux 17ième, 18ième et 19ieme siècles à travers l'histoire de Scipio Catfish.
Comment cet enfant des Antilles est arrivé aux États-Unis, comment il a été traité par les « Blancs-qui-tapent» dans une plantation, comment il fut élevé par un esclave venu d'Afrique portant le nom de Vieux George et protégé par un tonnelier anglais et comment finalement, des années plus tard, il est devenu un homme libre.

En plus d'être un témoin historique d'une grande éloquence, ce livre dégage une profonde humanité due, je crois, en grande partie à la qualité des illustrations. Leur magie réside dans le fait de transmettre des actes odieux et des souffrances multiples sans heurter, mais avec néanmoins une très grande intensité. Un équilibre parfait.